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Cachemire Apaches

et les neo-totems

Le flic, un acrobate comme les autres ?

Une jeune fille, à la terrasse d’un café, lit un magazine dédié aux écritures théâtrales. Un article, rédigé par un comédien et dramaturge*, attire son attention. Serais-je un acrobate ? se demande l’auteur. A côté, sur une photographie illustrant son questionnement, git contre un arbre un spiderman désabusé.

« On me demande d’être partout, de répondre, d’acquiescer, de cerner les enjeux, de poser des priorités, de hiérarchiser, de comprendre, de me donner, d’aller au-delà, de voir au-delà, d’espérer au-delà.

On demande à mon corps d’être du plastique, un film étirable et rétractable à l’envi, une membrane élastique et protéiforme.

Je n’y arrive pas. »

La jeune fille s’arrête. Sur la place, à une centaine de mètres de la terrasse, elle voit des camions de CRS se garer. Nous sommes jeudi. Si le mardi, c’est le jour des raviolis. Le jeudi, c’est celui des anti-El-Khomri.

Un leader syndicaliste chauffe la foule, encore trop peu nombreuse. Il se plaint de ne pas entendre les quelques gens amassés sur la place huer les politiques. « Ce n’est pas avec vous qu’on va refaire le monde aujourd’hui », dit-il. Un monde, ça ne se refait pas en cassant les autres. Elle soupire et reprend sa lecture.

« Je n’y arrive pas parce que je suis un minuscule territoire, borné, cerné de haies hautes et hérissées, je suis un lieu clos et limité. Je sais que je périrai, je sais que rien n’est plus définitif que le corps. Une idée peut toujours s’envoler quand la chair, elle, n’oublie rien. »

Non loin, sur un banc, bruyants, quatre marginaux s’ébrouent. Leur existence, à elle seule, semble être une manifestation de tous les instants. Il n’est pas 10h mais l’un d’eux est déjà ivre. « La violence, j’ai grandi d’dans, mon gars. Je suis bien placé pour savoir que les coups, ça part. Pas les paroles. » Quelques secondes plus tard, il aboie sur son chien et le frappe. Ils finiront par partir, revendiquer plus loin, loin des syndicalistes et des policiers, leur dégoût face à l’échec d’un système.

La jeune fille termine sa lecture.

« …Comme si nous le réinventions, ce corps, comme si nous posions, comme acte fondateur du nouveau-monde qui s’ouvre chaque seconde devant nous, ce sacrilège: congédier la puissance et retrouver le sens de nos fragilités.

Cesser de nous abîmer. »

Cette fille, c’est la fille d’un policier. Ce qu’elle lit, là, ce ne sont plus les mots d’un metteur en scène, ce sont ceux, silencieux, de son père quand il rentre de sa journée.

 

 

 

* Guillaume Poix

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Sous son cachemire, l’apache

Apaches : Voyous ? Mauvais garçons ? Filles des faubourgs ? Acteurs ? Jazzmen ?

Des plaines américaines aux faubourgs parisiens, des brigades du Tigre à Pierrot le Fou, coiffés de plumes ou casqués d’or, dans les saloons ou les troquets, les Apaches ont la plume bien trempée.

Oui, les Apaches sont de retour, cachés sous les cachemires des filles qui tissent en douceur leur révolution. Ni victimes, ni fashion, elles flinguent les Tontons de la mode avant de fondre sur une paire de chaussons rose poudre. Elles revendiquent, une bière bio et un bib à la main, entre un Foucault et un fourreau, un Wodehouse et un Butler, Patsy, Eddie et leurs consoeurs, le droit de bousculer les totems de la société contemporaine.

Bienvenue dans la tribu des Cachemire Apaches.

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