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Cachemire Apaches

et les neo-totems

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Humeurs d’Apaches

Vous n’êtes plus à plaire, madame.

« Et bien, ma petite voisine, vous êtes enceinte ? »

« Euh… non. J’ai juste oublié d’être mince. Et vous, vous accouchez quand, cher voisin ? »

« Ah, Ah ! Elle est bien bonne. Remarquez, maintenant que vous êtes mariée, vous n’êtes plus à plaire. »

 

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Echoue vite et recommence

S’il y a un papier à ne pas louper dans Libération aujourd’hui, c’est celui d’Olivier Laam sur le nouvel album de Death In Vegas, une critique qui plonge dans le Londres industriel et rappelle que la défaite permet de retourner aux sources.

« … la déprime psychogéographique joue un rôle essentiel dans la force et l’ardeur de notre musique électronique », explique Richard Fearless dans ces pages. Les gamins qui font du grime n’ont rien d’autre que leur colère. Evidemment, c’est là que se niche le punk contemporain. Certainement pas chez les groupes indie rock à la mode, en tout cas, qui sont tous issus de familles aisées. »

Et parce qu’un échec ramène aussi à la plus belle part de soi, voici un billet à ne pas louper sur le blog de Caroline Desage, Les 7 piliers de l’échec.

Pour ceux qui aimeraient pratiquer le scepticisme enthousiaste, voici de quoi trouver l’inspiration.

Chaque obstacle est avant tout une formidable opportunité de se révéler.

 

 

Histoire de séduction ordinaire

Une fille un brin lunaire se découvre de nouveaux horaires. Se faisant, elle se rend compte avec amusement que toute une frange de la population de son quartier lui était jusqu’ici inconnue. Parmi elle, un homme aux yeux d’un bleu qui retourne les sangs prend chaque matin le bus à son arrêt. Elle est si souvent absorbée par ses pensées qu’elle ne le voit pas tout de suite mais il se penche souvent pour capter son regard. Un jour, il lui sourit. Il semble l’attendre. Peu importe qu’elle soit à l’heure ou en retard, l’homme n’est jamais bien loin de l’arrêt de bus. Elle qui écrit tant d’histoires dans sa petite tête se dit un matin qu’il est peut-être celui avec lequel vivre une de ses histoires.

Elle le regarde à son tour, loupe un bus quand elle ne le voit pas, court comme une dératée quand, au contraire, elle le voit s’approcher d’un bus dans lequel elle n’est pas… Heureusement, chaque fois qu’il ne la trouve pas dedans, il l’attend lui aussi. Parlent-ils ? Non. Ils se contentent d’échanger de longs regards qui embrasent jusqu’à la racine même des cheveux. Cela dure des semaines, des semaines durant lesquelles la jeune femme s’invente plus d’histoires qu’elle n’en a jamais écrit dans son cerveau en ébullition. Parfois, il parle avec d’autres usagers. Tout comme elle. Chacun tend l’oreille dans l’espoir qu’un des mots que l’autre distille lui est en fait adressé. Un matin, elle ne tient plus. Elle qui n’a encore jamais trop vécu se décide à aller vers lui et lui dire qu’elle a pensé à leur dernière conversation. Il lui sourit d’un sourire entendu même si jamais jusque là ils n’avaient discuté ensemble.

Ses regards deviennent de plus en plus appuyés, ses sourires de plus en plus larges. Voici qu’il se met à la retrouver sur la même ligne le soir, à la sortie du travail. Commence alors une drôle de chorégraphie durant laquelle le premier monté cherche une place stratégique qui lui permettra d’approcher l’autre quand celui-ci montera. Leurs bras commencent à se frôler. Ils échangent des bonjours et des au revoir sans jamais aller plus loin. La jeune fille est heureuse. Il semble si épris d’elle qu’il l’attend maintenant chaque jour matin et soir et cette douce complicité routinière lui confère une hardiesse nouvelle. Elle se fait jolie, sourit à la vie, soutient ses regards sans plus rougir car elle sait, c’est évident, que cet homme lui est destiné.

Elle ose une phrase, puis deux, se surprend de la simplicité avec laquelle elle l’aborde. Il est musicien. Elle est aux anges. Il lui propose de lui faire découvrir sa musique en rougissant. Elle lui offre un de ses poèmes en tremblant. Il est touché. Elle est transportée. Désormais, il l’embrasse sur les deux joues à l’aller comme au retour. Chaque jour, ses baisers se rapprochent un peu plus des lèvres de la jeune fille. Par un matin pluvieux, il lui demande son prénom. Elle lui demande où il descend. Le lendemain, elle oublie son travail et lui propose de boire un café. Il acquiesce.

Elle découvre alors que ces yeux bleus sont agités par une envie de vivre qui fait écho à la sienne. C’est tout naturellement qu’elle lui donne son numéro de téléphone et que, le lendemain, il l’appelle. Ils conviennent d’un dîner. Liés par les ondes, elle ne court plus pour prendre le bus. Elle sait qu’il l’a dans la peau et qu’elle va bientôt se frotter à la sienne. A cette idée, elle prend un long bain le lendemain.

Le dîner est délicieux, autant pour l’ambiance que le menu. La complicité des semaines passées jaillit entre les assiettes. Ils sourient, rient de façon complice. Ils se découvrent tant de points communs que l’homme lui propose d’aller à un concert puis au musée. Ils se promettent de tant s’offrir que le coeur de la jeune fille finit par en avoir le tournis. Elle chancelle dans ses bras au moment des au revoir. Il la rattrape et lui plante un doux baiser en lui murmurant dans le creux de l’oreille qu’il adorerait la revoir. Leurs mains se frôlent sur la poignée de la porte. Enivrée par leur première soirée ensemble, elle se couche les paupières lourdes mais le coeur léger. Une petite sonnerie la réveille bientôt. C’est celle de son téléphone, annonçant le plus poétique des textos. L’homme aux yeux bleus a la douceur du marchand de sable.

Le lendemain, elle lui écrit et lui propose une sortie. L’homme ne répond pas. Elle insiste et se fend de 3 ou 4 textos avant de se décider à l’appeler le surlendemain. L’homme n’est pas très content de cet appel. Non, il ne sortira pas avec elle car son coeur est déjà pris. Il a remarqué qu’elle avait de l’intérêt pour lui mais n’a qu’une relation amicale à lui proposer.

Elle ne fera pas de scandale mais, plutôt que d’inventer des histoires le matin sur le chemin, elle va repasser en boucle dans sa tête les regards, les attentes et les promesses de ces dernières semaines en se demandant quand elle a rêvé son histoire avec l’homme aux yeux bleus.

70 ans, l’âge d’or de la séduction… par Antagonisme

… du moins, pour les médias.

Quand notre contributrice, miss Antagonisme, s’agace.

La semaine dernière, deux articles concernant les femmes, des articles qui n’ont pas fait de Une, plutôt une sorte de remplissage médiatique, étaient visibles sur des sites internet. Deux articles à mettre en lien avec un autre, publié le  18 mai par le Figaro, sur Alain Juppé.

Le premier, dans les Echos, abordait le sujet de la crise brésilienne sous un angle nouveau : celui de l’épouse du nouveau président par interim, Michel Temer. Le nouveau président, âgé de 70 ans, nous y disait-on, dispose d’une épouse, ex-reine de beauté, de 40 ans plus jeune que son mari, réservée, aimant les promenades, pourvue de parents, ainsi que d’une natte blonde retombant sur une tunique sobre, qui aurait même fait des études, bien évidemment interrompues au premier enfant, moquée par les féministes, encensée par les conservateurs et toute admirative de Dilma Roussef.

« Avant même de devenir la Première femme du Brésil, Marcela Temer est devenue une célébrité sur les réseaux sociaux », chapôte les Echos.

Le second article était une reprise des médias britanniques : il était question de  Daljinder Kaur, une paysanne penjabi de 70 ans, venue en Haryana avec son mari pour mettre au monde un fils après une insémination artificielle.

Si ces deux informations, mineures, existent dans le babillage médiatique, c’est parce que des rédacteurs en chef ont supposés qu’elles attireraient l’attention d’éventuels lecteurs. Et en quoi une ex-reine de beauté, jeune et jolie mère de famille, épouse du nouveau président du Brésil et une mère de famille de 70 ans sont-elles susceptibles d’attirer la curiosité médiatique ? Parce que ces deux histoires mettent en scène une fonction des femmes qui tend à éclipser toutes les autres, celle d’épouse et de mère, maternité anecdotique ou féminité rose, poudrée et manucurée.

Une deuxième lecture de ces articles révèle pourtant des thèmes qui ne sont ni féminins ni masculins, des thèmes plus généraux et moins attractifs : Mohinder Singh Gill, époux de Daljinder Kaur, a tout fait pour obtenir un fils, afin d’hériter de sa part des biens de son père (ce que l’infertilité du couple lui interdisait antérieurement), une histoire qui illustre l’âpreté des conflits familiaux et le poids des croyances religieuses dans les mondes ruraux traditionnels. Michel Temer a réussi à déployer autour d’une femme plus jeune de 40 ans des stratégies de séductions efficaces, et nous pourrions nous interroger sur les stratégies de séduction des hommes de pouvoir, sujet peu attractif, évoqué par Balzac avec Nucingen, ou dans le très intéressant Et devant moi le monde, de Joyce Maynard.

Cette fascination pour la femme et pour les activités de son sexe a un caractère inavoué et caché qui n’est socialement pas anodin. Ces sujets nous ramènent à une image essentialiste de femmes épouses et mères, qui nous laisserait indifférents si de tels articles tout aussi dépourvus d’intérêt existaient à propos des hommes.

Or, ce n’est pas le cas.

Comment trouver le moyen d’éduquer les enfants – les petits garçons et les petites filles – de telle sorte que l’intérêt intrinsèque envers un enfant ne concerne pas d’abord son essence, mais les contingences de sa vie ?

Les lecteurs seraient peut-être ainsi intéressés par les forces sociales qui poussent un couple indien âgé à tout faire pour avoir un enfant parce qu’un héritage leur est refusé par un géniteur autocratique. Peut-être se demanderaient-ils comment un homme de 70 ans séduit une jeune femme. Peut-être s’intéresseraient-ils à des thèmes qui, en réalité, intéressent les deux parties de l’humanité, leurs relations, et leur insertion dans la société.

Vous reprendrez bien un peu de sexisme ? Allez, cadeau pour la route.

Regarder les jolies femmes : Comme par hasard, Alain Juppé vient de parler des femmes, et en profite pour lâcher un scoop : il aime les regarder quand elles sont jolies, car « ça donne du plaisir ». Oui, Alain. Je sors hurler un peu et je reviens.

Les femmes aussi sont misogynes : ne nous y trompons pas, les stéréotypes proviennent aussi des femmes, comme le dénonce Gynophobie, un court-métrage présenté à Cannes, et entièrement réalisé avec Snapchat.

On ne harcèle pas les autres (mais les jolies, oui, il y a un risque) : un tweet édifiant de Cécile Duflot : compil de tweet sur le thème qui pourrait bien harceler Duflot et Bachelot ? (qui n’ont pas le physique de Marcela Temer).

Le lot de consolation : ça change, ça change.... On trouve de plus en plus de femmes dans les Conseils d’Administration. Chouette alors.

 

Le flic, un acrobate comme les autres ?

Une jeune fille, à la terrasse d’un café, lit un magazine dédié aux écritures théâtrales. Un article, rédigé par un comédien et dramaturge*, attire son attention. Serais-je un acrobate ? se demande l’auteur. A côté, sur une photographie illustrant son questionnement, git contre un arbre un spiderman désabusé.

« On me demande d’être partout, de répondre, d’acquiescer, de cerner les enjeux, de poser des priorités, de hiérarchiser, de comprendre, de me donner, d’aller au-delà, de voir au-delà, d’espérer au-delà.

On demande à mon corps d’être du plastique, un film étirable et rétractable à l’envi, une membrane élastique et protéiforme.

Je n’y arrive pas. »

La jeune fille s’arrête. Sur la place, à une centaine de mètres de la terrasse, elle voit des camions de CRS se garer. Nous sommes jeudi. Si le mardi, c’est le jour des raviolis. Le jeudi, c’est celui des anti-El-Khomri.

Un leader syndicaliste chauffe la foule, encore trop peu nombreuse. Il se plaint de ne pas entendre les quelques gens amassés sur la place huer les politiques. « Ce n’est pas avec vous qu’on va refaire le monde aujourd’hui », dit-il. Un monde, ça ne se refait pas en cassant les autres. Elle soupire et reprend sa lecture.

« Je n’y arrive pas parce que je suis un minuscule territoire, borné, cerné de haies hautes et hérissées, je suis un lieu clos et limité. Je sais que je périrai, je sais que rien n’est plus définitif que le corps. Une idée peut toujours s’envoler quand la chair, elle, n’oublie rien. »

Non loin, sur un banc, bruyants, quatre marginaux s’ébrouent. Leur existence, à elle seule, semble être une manifestation de tous les instants. Il n’est pas 10h mais l’un d’eux est déjà ivre. « La violence, j’ai grandi d’dans, mon gars. Je suis bien placé pour savoir que les coups, ça part. Pas les paroles. » Quelques secondes plus tard, il aboie sur son chien et le frappe. Ils finiront par partir, revendiquer plus loin, loin des syndicalistes et des policiers, leur dégoût face à l’échec d’un système.

La jeune fille termine sa lecture.

« …Comme si nous le réinventions, ce corps, comme si nous posions, comme acte fondateur du nouveau-monde qui s’ouvre chaque seconde devant nous, ce sacrilège: congédier la puissance et retrouver le sens de nos fragilités.

Cesser de nous abîmer. »

Cette fille, c’est la fille d’un policier. Ce qu’elle lit, là, ce ne sont plus les mots d’un metteur en scène, ce sont ceux, silencieux, de son père quand il rentre de sa journée.

 

 

 

* Guillaume Poix

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