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Cachemire Apaches

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Cachemire Society

70 ans, l’âge d’or de la séduction… par Antagonisme

… du moins, pour les médias.

Quand notre contributrice, miss Antagonisme, s’agace.

La semaine dernière, deux articles concernant les femmes, des articles qui n’ont pas fait de Une, plutôt une sorte de remplissage médiatique, étaient visibles sur des sites internet. Deux articles à mettre en lien avec un autre, publié le  18 mai par le Figaro, sur Alain Juppé.

Le premier, dans les Echos, abordait le sujet de la crise brésilienne sous un angle nouveau : celui de l’épouse du nouveau président par interim, Michel Temer. Le nouveau président, âgé de 70 ans, nous y disait-on, dispose d’une épouse, ex-reine de beauté, de 40 ans plus jeune que son mari, réservée, aimant les promenades, pourvue de parents, ainsi que d’une natte blonde retombant sur une tunique sobre, qui aurait même fait des études, bien évidemment interrompues au premier enfant, moquée par les féministes, encensée par les conservateurs et toute admirative de Dilma Roussef.

« Avant même de devenir la Première femme du Brésil, Marcela Temer est devenue une célébrité sur les réseaux sociaux », chapôte les Echos.

Le second article était une reprise des médias britanniques : il était question de  Daljinder Kaur, une paysanne penjabi de 70 ans, venue en Haryana avec son mari pour mettre au monde un fils après une insémination artificielle.

Si ces deux informations, mineures, existent dans le babillage médiatique, c’est parce que des rédacteurs en chef ont supposés qu’elles attireraient l’attention d’éventuels lecteurs. Et en quoi une ex-reine de beauté, jeune et jolie mère de famille, épouse du nouveau président du Brésil et une mère de famille de 70 ans sont-elles susceptibles d’attirer la curiosité médiatique ? Parce que ces deux histoires mettent en scène une fonction des femmes qui tend à éclipser toutes les autres, celle d’épouse et de mère, maternité anecdotique ou féminité rose, poudrée et manucurée.

Une deuxième lecture de ces articles révèle pourtant des thèmes qui ne sont ni féminins ni masculins, des thèmes plus généraux et moins attractifs : Mohinder Singh Gill, époux de Daljinder Kaur, a tout fait pour obtenir un fils, afin d’hériter de sa part des biens de son père (ce que l’infertilité du couple lui interdisait antérieurement), une histoire qui illustre l’âpreté des conflits familiaux et le poids des croyances religieuses dans les mondes ruraux traditionnels. Michel Temer a réussi à déployer autour d’une femme plus jeune de 40 ans des stratégies de séductions efficaces, et nous pourrions nous interroger sur les stratégies de séduction des hommes de pouvoir, sujet peu attractif, évoqué par Balzac avec Nucingen, ou dans le très intéressant Et devant moi le monde, de Joyce Maynard.

Cette fascination pour la femme et pour les activités de son sexe a un caractère inavoué et caché qui n’est socialement pas anodin. Ces sujets nous ramènent à une image essentialiste de femmes épouses et mères, qui nous laisserait indifférents si de tels articles tout aussi dépourvus d’intérêt existaient à propos des hommes.

Or, ce n’est pas le cas.

Comment trouver le moyen d’éduquer les enfants – les petits garçons et les petites filles – de telle sorte que l’intérêt intrinsèque envers un enfant ne concerne pas d’abord son essence, mais les contingences de sa vie ?

Les lecteurs seraient peut-être ainsi intéressés par les forces sociales qui poussent un couple indien âgé à tout faire pour avoir un enfant parce qu’un héritage leur est refusé par un géniteur autocratique. Peut-être se demanderaient-ils comment un homme de 70 ans séduit une jeune femme. Peut-être s’intéresseraient-ils à des thèmes qui, en réalité, intéressent les deux parties de l’humanité, leurs relations, et leur insertion dans la société.

Vous reprendrez bien un peu de sexisme ? Allez, cadeau pour la route.

Regarder les jolies femmes : Comme par hasard, Alain Juppé vient de parler des femmes, et en profite pour lâcher un scoop : il aime les regarder quand elles sont jolies, car « ça donne du plaisir ». Oui, Alain. Je sors hurler un peu et je reviens.

Les femmes aussi sont misogynes : ne nous y trompons pas, les stéréotypes proviennent aussi des femmes, comme le dénonce Gynophobie, un court-métrage présenté à Cannes, et entièrement réalisé avec Snapchat.

On ne harcèle pas les autres (mais les jolies, oui, il y a un risque) : un tweet édifiant de Cécile Duflot : compil de tweet sur le thème qui pourrait bien harceler Duflot et Bachelot ? (qui n’ont pas le physique de Marcela Temer).

Le lot de consolation : ça change, ça change.... On trouve de plus en plus de femmes dans les Conseils d’Administration. Chouette alors.

 

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Le flic, un acrobate comme les autres ?

Une jeune fille, à la terrasse d’un café, lit un magazine dédié aux écritures théâtrales. Un article, rédigé par un comédien et dramaturge*, attire son attention. Serais-je un acrobate ? se demande l’auteur. A côté, sur une photographie illustrant son questionnement, git contre un arbre un spiderman désabusé.

« On me demande d’être partout, de répondre, d’acquiescer, de cerner les enjeux, de poser des priorités, de hiérarchiser, de comprendre, de me donner, d’aller au-delà, de voir au-delà, d’espérer au-delà.

On demande à mon corps d’être du plastique, un film étirable et rétractable à l’envi, une membrane élastique et protéiforme.

Je n’y arrive pas. »

La jeune fille s’arrête. Sur la place, à une centaine de mètres de la terrasse, elle voit des camions de CRS se garer. Nous sommes jeudi. Si le mardi, c’est le jour des raviolis. Le jeudi, c’est celui des anti-El-Khomri.

Un leader syndicaliste chauffe la foule, encore trop peu nombreuse. Il se plaint de ne pas entendre les quelques gens amassés sur la place huer les politiques. « Ce n’est pas avec vous qu’on va refaire le monde aujourd’hui », dit-il. Un monde, ça ne se refait pas en cassant les autres. Elle soupire et reprend sa lecture.

« Je n’y arrive pas parce que je suis un minuscule territoire, borné, cerné de haies hautes et hérissées, je suis un lieu clos et limité. Je sais que je périrai, je sais que rien n’est plus définitif que le corps. Une idée peut toujours s’envoler quand la chair, elle, n’oublie rien. »

Non loin, sur un banc, bruyants, quatre marginaux s’ébrouent. Leur existence, à elle seule, semble être une manifestation de tous les instants. Il n’est pas 10h mais l’un d’eux est déjà ivre. « La violence, j’ai grandi d’dans, mon gars. Je suis bien placé pour savoir que les coups, ça part. Pas les paroles. » Quelques secondes plus tard, il aboie sur son chien et le frappe. Ils finiront par partir, revendiquer plus loin, loin des syndicalistes et des policiers, leur dégoût face à l’échec d’un système.

La jeune fille termine sa lecture.

« …Comme si nous le réinventions, ce corps, comme si nous posions, comme acte fondateur du nouveau-monde qui s’ouvre chaque seconde devant nous, ce sacrilège: congédier la puissance et retrouver le sens de nos fragilités.

Cesser de nous abîmer. »

Cette fille, c’est la fille d’un policier. Ce qu’elle lit, là, ce ne sont plus les mots d’un metteur en scène, ce sont ceux, silencieux, de son père quand il rentre de sa journée.

 

 

 

* Guillaume Poix

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