Par Miss Antagonisme

Dimanche, on a eu peur. On a pensé aux années 30 : réfugiés fuyant des pays en guerre, montée des extrémismes, crise économique.

La presse et les hommes politiques, friands de raccourcis, se sont engouffrés dans la brèche depuis si longtemps qu’il est facile de vaciller.

Mais observons les choses d’un peu plus près.

 

Comment fonctionne le système politique autrichien

La plupart des systèmes politiques démocratiques distinguent entre le chef de l’Etat et le chef du gouvernement – ce dernier étant le seul à gouverner, c’est à dire qu’il est le seul chef réel de l’exécutif. Le chef de l’Etat incarne l’Etat, et ne prend pas de décision sauf dans des circonstances exceptionnelles (lesquelles, comme leur nom ne l’indique pas, sont, en démocratie, beaucoup plus fréquentes qu’on ne le pense).

L’Autriche est une république fédérale  de neuf Bundesländer,  de type représentatif (ce qui veut dire que les citoyens élisent des représentants) avec un régime parlementaire (le parlement contrôle le gouvernement).

Vous allez me dire, mais si un régime n’est pas parlementaire, il est quoi ? Eh bien il est présidentiel, comme au Brésil : l’exécutif appartient au Président, plus ou moins contrôlé par le parlement (c’est ainsi que Dilma Rousseff a été destituée, elle, et non pas seulement son gouvernement, de sa fonction présidentielle, par le parlement).

Qui détient le pouvoir exécutif en Autriche ?

C’est le chef du gouvernement, le Chancelier, chef des ministres. Les élections de dimanche 22 mai sont les élections du Président, qui ne détient pas l’exécutif. La politique intérieure et extérieure autrichienne ne va donc pas prendre un cours nouveau avec le président écolo, pas plus que cela n’aurait été le cas avec un Président d’extrême droite.

Quels sont les pouvoirs du Président autrichien ?

Il nomme le gouvernement en accord avec le Nationalrat autrichien (équivalent de l’Assemblée nationale). C’est une obligation, parce que le Nationalrat peut bloquer par une motion de censure le gouvernement. Il peut aussi destituer le gouvernement, de son propre chef.

Il peut dissoudre le Nationalrat, mais sur demande du gouvernement, et un Landrat (Parlement régional) mais sur proposition du gouvernement et avec l’accord des deux tiers du Bundesrat (équivalent du Sénat).

Il peut prendre des décisions exceptionnelles dans le cadre d’un état d’urgence, sur demande du gouvernement. Alors, certes, c’est précisément ce que fit Hitler en 1933 après l’incendie du Reichstag : suspendre le fonctionnement normal de la République (pour 12 ans) – la Constitution de Weimar n’a jamais été officiellement abrogée. Mais Hitler venait d’être nommé chancelier (donc chef du gouvernement) après la victoire des nazis aux élections.

Pour se débarrasser du gouvernement,  le Président devrait donc destituer le gouvernement (actuellement mené par le social-démocrate Christian Kern), mais serait contraint d’en nommer un nouveau du même bord politique que le Nationalrat. S’il choisissait de se débarrasser du Nationalrat, il lui faudrait l’aval du gouvernement social-démocrate.

Toutes ces hypothèses sont improbables.

D’autant plus improbables, évidemment, que c’est un candidat écologiste qui vient d’être élu, candidat à priori moins défavorables aux sociaux-démocrates que le candidat d’extrême-droite.

Bien entendu, cette élection en dit long sur l’état d’esprit et la division des Autrichiens relativement à l’Europe, aux migrants et aux conséquences économiques de la mondialisation ultralibérale. Elle en dit long, mais elle ne nous dit rien de bien nouveau, et rien de plus que la Palme d’Or, décernée à Ken Loach, de cette année : qu’il nous faut, à nous Européens, trouver des solutions et que nos hommes politiques actuels ne semblent pas en passe d’y parvenir, en Autriche ou ailleurs.

 

Pourquoi on doit tout de même se méfier : http://www.francetvinfo.fr/monde/europe/presidentielle-en-autriche-pourquoi-il-faut-sinquieter-malgre-la-defaite-de-lextreme-droite_1464239.html
Retour sur une frayeur française : http://www.lefigaro.fr/politique/2016/05/23/01002-20160523ARTFIG00308-le-fait-politique-du-jour-election-autrichienne-frayeur-francaise.php
Les pouvoirs du Président autrichien : http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/05/22/quels-sont-les-pouvoirs-reels-du-president-autrichien_4924007_3214.html

 

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